L’érudit et l’homme d’action – Modibbo Adama d’Adamawa.À sa mort en 1848, il n’avait pratiquement rien à léguer, à l’exception de son Coran et d’un ÉMIRAT…

9 avril 2020 - L’érudit et l’homme d’action – Modibbo Adama d’Adamawa.À sa mort en 1848, il n’avait pratiquement rien à léguer, à l’exception de son Coran et d’un ÉMIRAT…
avril 9th, 2020 | par Leguepard.net

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L’érudit et l’homme d’action – Modibbo Adama d’Adamawa.À sa mort en 1848, il n’avait pratiquement rien à léguer, à l’exception de son Coran et d’un ÉMIRAT…
L’érudit et l’homme d’action – Modibbo Adama d’Adamawa.À sa mort en 1848, il n’avait pratiquement rien à léguer, à l’exception de son Coran et d’un ÉMIRAT…
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1803- À Adamawa, les Peuls étaient déjà nombreux. Mais il y avait des ressentiments latents entre eux et les païens Bata qui, en 1803 – un an avant le début du jihad – dégénérèrent en combats. Selon la légende, la cause fut l’habitude du chef Bata d’exercer le droit de cuissage. Lorsqu’il voulut exercer ce droit sur la fille de Ardo Jobdi, non seulement ce dernier refusa de le concéder, mais il tua d’abord sa fille puis le chef Bata.
Des combats s’en suivirent. Les Peuls, repoussèrent les attaques de Bata. Mais ils furent contraints de se retirer au sud de la rivière Benue.
L’année suivante, un jeune Peul du nom de Modibbo Adama revint chez son peuple. Il était parti étudier auprès des principaux maîtres de l’époque. Il avait d’abord été l’élève de Mallam Kiari de Bornou puis de Shehu [Usman Dan Fodio] à Degel. Il rentra chez lui pour constater que son père avait été tué lors des combats avec les Bata de l’année précédente.
Adama était un homme déterminé et d’un caractère fort. Tout d’abord, il regroupa les Peuls, qui appartenaient à des clans différents. Puis il obtint de Shehu [Usman Dan Fodio] son soutien pour le djihad qui était en cours dans l’ouest. Comme l’un des clans était déjà en conflit avec les Bata, les autres n’avaient peut-être pas besoin de beaucoup de persuasion. Ils acceptèrent facilement de s’allier avec Shehu et de demander la sanction de son autorité. À cette fin, ils envoyèrent une députation [auprès de Shehu] dont Adama fit partie. En 1805 ou 1806, la députation fut reçue par Shehu, probablement dans la ville de Gwandu. Elle reçut l’étendard du djihad. Bien qu’il ne fût pas le membre le plus âgé de la délégation, Adama était reconnu comme son membre le plus fidèle et le plus zélé. C’est donc à lui que Shehu confia l’étendard et, en le livrant, il prononça les mots suivants :
« À votre retour, dites-leur que c’est ce que Shehu vous a donné [l’étendard]. Dites également que j’accepte leurs salutations. Demandez-leur de placer leurs mains dans les vôtres ; celui qui vous donne la main se joint à moi. Dites-leur que je les salue. Faites-leur des étendards comme celui que je vous ai donné et donnez-leur les étendards avec les ordres que je vous ai donnés. Vous êtes l’envoyé ; quoi qu’ils désirent, qu’ils vous le disent, alors venez et dites-moi. »
Shehu conféra ensuite à Adama le titre de Lamido de Fombina ou souverain du Sud. Il lui permit de recruter des volontaires dans ses propres forces avant de le renvoyer. Au départ de la députation, Adama était donc devenu le leader incontesté. De retour à l’est, Adama établit son quartier général à Gurin, l’endroit où les Peuls s’étaient retirés après leur bataille contre les Bata en 1803.
Bien que leur campagne ait abouti à une victoire complète, plus tard, l’émir de Mandara prit sa revanche et anéantit presque complétement l’un des clans Peuls. Ce revers incita Adama à prendre part à la guerre lui-même. Peu de temps après, il vainquit l’armée de Mandara à Gider et occupa la capitale. Bien qu’il ne soit suffisamment puissant pour tenir la place, sa victoire lui permit néanmoins d’annexer les zones sud-ouest de Mandara – Mubi, Michika et Uba – et de les incorporer dans ses conquêtes.
Pendant le reste des années, 1820, pour l’ensemble des années 1830 et au début des années 1840, Adama s’engagea à pousser ses frontières, à maîtriser les poches de résistance à l’intérieur de ses frontières, à réprimer les révoltes contre son autorité qui éclataient de temps en temps, et à consolider ses conquêtes. Gurin fut sa capitale jusqu’en 1830, date à laquelle Adama déménagea d’abord à Ribadu puis à Jobolio. Enfin, en 1841, il commença à construire Yola, la capitale actuelle.
En tant qu’homme, Modibbo Adama fut universellement respecté, tant par son caractère que par ses réalisations. Il combina les perspectives et les goûts d’un érudit avec l’ambition et le dynamisme d’un homme d’action. D’une gentillesse naturelle, il pouvait être à la fois impitoyable et inflexiblement résolu, lorsque l’occasion l’exigeait. Il est issu d’une génération endurcie et aura observé toute sa vie les véritables traditions peules d’austérité et de piété. Il n’a jamais acquis de richesses personnelles. À sa mort en 1848, il n’avait pratiquement rien à léguer, à l’exception de son Coran et d’un émirat, encore mal consolidé, d’une trentaine de milliers de kilomètres carrés, qui porte son nom.
Scholar and man of action – Modibbo Adama of Adamawawhen he died in 1848, he had practically nothing to bequeath save his Koran and an Emirate…
1803- In Adamawa, where the Fulani were already numerous, the latent ill-feeling between them and the Bata pagans flared up into fighting in 1803, a year before the start of the jihad. According to legend, the cause of the trouble was the Bata Chief’s insistence on exercising the droit de seigneur. When this right was asked of Ardo Jobdi in respect of his daughter, he not only refused to concede it but killed first his daughter and then the Chief who had demanded her.
Fighting followed and the Fulani, although they repelled the attacks of Bata, were forced to withdraw to the south of the Benue River. In the following year there returned to his people a young Fulani called Modibbo Adama, who for some time previously had been away studying under the leading teachers of the day. He had first been taught by Mallam Kiari of Bornu and had then become a pupil of Shehu at Degel. When he at length reached home it was to find that his father had been killed in the fighting with the Bata in the previous year.
Adama was a man of purpose and strong character. First, he induced the Fulani, who belonged to a number of different clans, to band themselves together and then he enlisted their support for Shehu’s jihad, which by this time was under way in the west. As one of the clans was already embroiled with the Bata, perhaps the others did not need much persuading.
At any rate, they agreed readily enough to ally themselves with Shehu and to seek the sanction of his authority. To this end they appointed a deputation and Adama was of course included in it. In 1805 or 1806 this deputation was received by Shehu, probably in Gwandu town, and presented with a flag. Although he was not the senior member of the party, Adama was recognized to be its staunchest and most zealous member. It was, therefore, to him that Shehu entrusted the flag and as he delivered it, he spoke the following words:
«When you return tell them that this is what Shehu gave you. Say also that I accept their greetings. Bid them place their hands in yours; whoever gives his hand to you, joins hands with me. Tell them I greet them. Make flags for them like this that I have given you and give them the flags with the orders I have laid upon you. You are the envoy; whatsoever they desire let them tell it to you, then do you come and tell me.»
Shehu then conferred the title of Lamido Fombina or Ruler of the South on Adama and allowed him to recruit volunteers from his own forces before dismissing him. By the time the deputation started for home, therefore, Adama had emerged as the undisputed leader. Back in the east, Adama made his headquarters at Gurin, the place to which the Fulani had retired after their battle with the Bata in 1803.
Although this campaign resulted in a complete victory for the Fulani, the Emir of Mandara later gained his revenge and almost completely wiped out one of the Fulani clans. This reverse prompted Adama to take a hand in the war himself and soon afterwards he defeated the Mandara army at Gider and occupied the capital. Although not strong enough to hold the place, his victory nevertheless enabled him to annex the south-western districts of Mandara — Mubi, Michika, and Uba — and incorporate them in his own domains. During the rest of the 1820s, for the whole of the 1830s, and in the early 1840s Adama was engaged in pushing forward his frontiers, subduing pockets of resistance within his boundaries, suppressing the revolts against his authority which broke out from time to time, and consolidating and assimilating his gains. Gurin remained the capital until 1830, when Adama moved first to Ribadu and then to Jobolio.
Finally, in 1841, he started to build Yola, the present capital 18. As a man, Modibbo Adama was universally respected on account of his character as much as his achievements. He combined the outlook and tastes of a scholar with the ambition and drive of a man of action. By nature, he was said to be mild to a fault and yet, when the occasion demanded he could be both ruthless and inflexibly resolute. He came from a hardy generation and all his life he observed the true Fulani traditions of austerity and piety. He never acquired any personal wealth and when he died in 1848, he had practically nothing to bequeath save his Koran and an Emirate, still not fully consolidated, of about thirty thousand square miles, which was called after him.
 
 
 
Source: H.A.S Johnston- the Fulani Empire of Sokoto – Oxford University Press. 1967
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Par DMN Diallo

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